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Le point de lumière - Patrick Eymard


Tout au début, il y eut un point, un point de lumière.
Ce point, comme étiré par une pulsion extraordinaire devînt un cercle, un cercle de lumière.
Je le franchis, sans pouvoir retenir un cri.
Plus tard, calmé, je considérais alors mon cercle qui, empli de lumière, ne contenait rien.
Ce fut d’abord deux choses qui emplirent mon cercle.
Lorsque j’eu compris que ces mains étaient à moi, ce fut une révélation.
J’avais un cercle à moi, et j’étais dedans, seul.
Puis, très vite, une femme me rejoignit.
J’appris que c’était ma mère.
J’étais heureux alors, à deux dans mon cercle.
Un homme rejoignit ma mère, j’appris que c’était mon père.
Puis, aussitôt, un deuxième, j’appris que c’était mon frère.
A lui, je fis une large place dans mon cercle, car nous jouions beaucoup ensemble.
Ensuite, avec la garderie, puis l’école, j’agrandis mon cercle encore plus.
J’en fis un cercle solide et durable.
J’appris que ce cercle d’amis était constitué de personnes qui entraient et sortaient sans cesse.
Le cercle s’agrandit énormément, jusqu’à devenir presque infini.
Ou que j’aille, des amis remplissaient mon cercle, j’étais devenu un citoyen du monde.
Mais,
agrandissant mon cercle à ce point, je me rendis compte que je m’éloignais de son centre.
J’étais un peu perdu dans mon propre cercle.
Ma mère et mon père étaient bien loin maintenant.
Mon frère aussi, je ne le voyais plus que rarement.
Je décidais alors de créer un centre nouveau à mon cercle.
Une femme s’appropria ce rôle.
Je me mariais et assez vite nous eûmes des enfants que je plaçais dans mon nouveau cercle.
Mon cercle était devenu plus petit.
Ma compagne, mes enfants et quelques amis et famille.
Puis, mes enfants grandirent et sortirent de mon cercle comme je l’avais fait avant eux.
Mes parents s’éteignirent et mon frère disparu complètement de mon cercle.
Nous restions deux dans mon cercle, qui était un peu devenu le nôtre.
Unis pour la vie.
Mais même la vie a une fin.
Un triste jour, je fus de nouveau seul dans mon cercle.
Seules quelques femmes venaient encore à passer dans mon cercle de lumière.
Depuis mon lit d’hôpital.
Enfin mon cercle devînt un point, un point de lumière, et là je me dis soudain.
« Vais-je de nouveau jaillir de ce point et agrandir mon cercle jusqu’à l’infini ? »
Mais non, ce point-là était la fin.
Patrick Eymard
Sur une idée originale de JC. Chaumette/Le peuple oublié.


Il était une fois, un cercle ! Grand père/Père/Moi/Fils