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Tout au début, il y eut un point, un point de lumière.
Ce point, comme étiré par une pulsion extraordinaire devînt un cercle, un cercle de lumière.
Je le franchis, sans pouvoir retenir un cri.
Plus tard, calmé, je considérais alors mon cercle qui, empli de lumière, ne contenait rien.
Ce fut d’abord deux choses qui emplirent mon cercle.
Lorsque j’eu compris que ces mains étaient à moi, ce fut une révélation.
J’avais un cercle à moi, et j’étais dedans, seul.
Puis, très vite, une femme me rejoignit.
J’appris que c’était ma mère.
J’étais heureux alors, à deux dans mon cercle.
Un homme rejoignit ma mère, j’appris que c’était mon père.
Puis, aussitôt, un deuxième, j’appris que c’était mon frère.
A lui, je fis une large place dans mon cercle, car nous jouions beaucoup ensemble.
Ensuite, avec la garderie, puis l’école, j’agrandis mon cercle encore plus.
J’en fis un cercle solide et durable.
J’appris que ce cercle d’amis était constitué de personnes qui entraient et sortaient sans cesse.
Le cercle s’agrandit énormément, jusqu’à devenir presque infini.
Ou que j’aille, des amis remplissaient mon cercle, j’étais devenu un citoyen du monde.
Mais,
agrandissant mon cercle à ce point, je me rendis compte que je m’éloignais de son centre.
J’étais un peu perdu dans mon propre cercle.
Ma mère et mon père étaient bien loin maintenant.
Mon frère aussi, je ne le voyais plus que rarement.
Je décidais alors de créer un centre nouveau à mon cercle.
Une femme s’appropria ce rôle.
Je me mariais et assez vite nous eûmes des enfants que je plaçais dans mon nouveau cercle.
Mon cercle était devenu plus petit.
Ma compagne, mes enfants et quelques amis et famille.
Puis, mes enfants grandirent et sortirent de mon cercle comme je l’avais fait avant eux.
Mes parents s’éteignirent et mon frère disparu complètement de mon cercle.
Nous restions deux dans mon cercle, qui était un peu devenu le nôtre.
Unis pour la vie.
Mais même la vie a une fin.
Un triste jour, je fus de nouveau seul dans mon cercle.
Seules quelques femmes venaient encore à passer dans mon cercle de lumière.
Depuis mon lit d’hôpital.
Enfin mon cercle devînt un point, un point de lumière, et là je me dis soudain.
« Vais-je de nouveau jaillir de ce point et agrandir mon cercle jusqu’à l’infini ? »
Mais non, ce point-là était la fin.
Patrick Eymard
Sur une idée originale de JC. Chaumette/Le peuple oublié.


Il était une fois, un cercle ! Grand père/Père/Moi/Fils

Partage de l'apprentissage à couper du bois à 9 ans avec son oncle

- Jérôme HASCOET

Regard

Regarde-toi.
Arrête-toi.
Prends le temps.
Ne lis pas trop vite.
Regarde tes pieds, tes chaussures.
Tu vois tes chevilles, tes jambes.
Regarde tes mains.
Tes doigts, tes ongles.
Tes bras.
Tout cela est à toi.
Pour combien ?
Combien de temps ?
Dans quelques années tu n’auras plus rien.
Tout cela va disparaître.
70% d’eau.
Cette eau est-elle toi ?
Ou es-tu cette corne au bout de tes doigts ?
Qu’est ce qui est toi ?
Les sensations.
Ce courant électrique.
Ce flux de douleur.
Ou de bonheur.
Courant de sang aussi.
Et tu maîtrises quoi en fait.
Ben rien !
Ton cœur, tes souffrances, tes os.
Tu es composé d’éléments.
Les ressens-tu ?
Ressens-tu tes besoins ?
Tu manges.
Tu inclus en toi des éléments d’ailleurs.
Du vivant et du mort.
Tout rentre.
Tout sort.
Et tu restes le même.
Dans ta tête.
SI tu regardes.
Te vois-tu comme élément fixe.
Dans ton flux permanent ?
Traversé par tout.
Rayons, liquides et solides.
Tu participes de l’ensemble.
Et cela n’a qu’un temps.
Alors, regarde !
Prends le recul.
Tu n’es pas ce que tu crois.
Encore moins ce que tu veux.
Pas du tout ce que tu montres.
Et tu penses.
Tu crois, même.
Que tu crées et que tu es créé.
Mais rien ne prouve.

Rien ne te répond.
A tes interrogations.
Tu te projettes.
Demain, après-demain.
Et dans 100 ans.
Tu imagines le reste.
Mais juste pas toi.
Que restera-t-il ?
Un ancien flux.
Parmi les restants.
Un courant.
Comment différencier.
Essayer de comprendre.
Pas de sens ?
Juste être, maintenant.
Alors profite.
De tout ce que tu peux.
Des sentiments.
Eclairs de joies.
Fugaces éclats.
Eternité ressentie.
Beauté.
Retiens-les.
Ne les laisse pas s’échapper.
Ils t’appartiennent.
Il n’y a que ça !
Ils sont toi.
Et si tu le peux.
Partage-les.
Multiplie.
Rien ne vaut plus.
Imagine.
Que tu puisses.
Multiplier les moments.
Envoyer les ondes.
Elles existent aussi.
Elles sont toi.
Douces et piquantes.
Chaudes et froides.
Multicolores.
Et les rêves.
Sans contrôle.
Encore une fois.
Et si les autres.
Savaient ?
Et si on savait tous ?
Que nous ne sommes.
Parti et parties de rien.
Peut-être serions-nous !
Enfin pourrions-nous.
Exister sans souffrir.
Et enfin nous voir.

- Patrick Eymard

Inertie

J’ai trop bien obéi, tel un humble valet

Qu’on envoie au boulot sans ombre de vergogne :

Etats unis, Hongrie, Irak ou Catalogne

Allemagne, Hollande et, horreur, chez l’anglais.

Car voyager m’ennuie comme un affreux boulet

Qu’on enchaîne à mon pied et tant pis si je grogne

Malgré moi je la fais, cette absurde besogne

Qu’on m’impose et tant pis si cela me déplait.

Aéroport-taxi-bureau-hotel sans trêve

Sans même le répit de pousser un soupir

Je devais continuer jusqu’à ce que j’en crève

Mais enfin maintenant, sauf à craindre le pire,

J’en suis débarrassé, je peux vivre mon rêve :

Plus jamais de voyage avant que je ne crève.

Les chercheurs.

Les chercheurs sont loin, et ils ont froid.
L’impression d’un vide tout autour de l’être.
Leurs corps sont perdus dans la solitude.
Ils ont oublié les sensations, et l’amour sur leur surface.
Ils ne savent plus que chercher, incertains de ce qu’ils veulent trouver.
Soudain, un signal les alerte et l’obsession se fait douleur.
Ils deviennent à la fois chasseur et chassé.
A la fois pression et passion, les contacts se nouent en promesse d’avenir.
Vision de l’autre, les bras se tendent étreignant les possibles.
De plus près les éclairs croisent les regards.
Et les chercheurs se trouvent enfin.
C’est d’abord un effleurement, puis une étreinte, puis un chaos.
Pelures enlevées, les cœurs se touchent et battent ensembles.
Le frottement partagé des énergies les réchauffe.
Fleuves prisonniers, les sangs coulent cotes à cotes.
Les chercheurs se jettent à corps perdu dans leur mélange.
Imprégnés l’un de l’autre ils ne peuvent ni ne veulent s’écarter.
C’est alors que l’instant arrive.
Cet instant de lumière, que les yeux voient paupières fermées.
Ce moment inconcevable et qui pourtant conçoit.
L’instant devrait durer toujours.
Mais,
Aussitôt après, il ne reste que son souvenir, à la fois heureux et mélancolique.
Souvenir de corps qui s’éloignent pores après pores, dans le déchirement.
Peu après, et déjà longtemps, le froid commence sa reconquête.
Vêtements froissés endossés, il est impossible à éloigner.
Les mains se tendent encore, mais pour un au revoir.
Retour des sensations amères, et des sentiments de manque.
La perte du corps de l’autre, c’est un peu de son cœur qui disparaît.
Les interstices de vides remplissent toutes les pensées.
L’attente redevient présente et empêche de trouver la paix.
Et l’obsession retrouvée, le chercheur se remet en quête.
Va-t’il trouver cette fois, ou devra-t’il mourir avec juste le souvenir ?
A coup sur, il faut qu’il s’y accroche.

- Patrick Eymard